miércoles, 25 de marzo de 2026

El desencanto (Jaime Chavarri, 1975)

Quizá el documental de mayor éxito y repercusión nunca rodado en España, el segundo largometraje “profesional” de Jaime Chavarri, basándose en las personalidades un tanto histriónicas de la viuda y los tres hijos de un poeta notable, y muy encumbrado por el régimen franquista, Leopoldo Panero, consigue captar en vivo, aprovechando quizá la confianza y amistad que existía entre el director y parte de la familia, el tema central de muchos grandes melodramas de ficción: la descomposición y decadencia de una estirpe.

Quizá por la tenue melancolía de una sonata de piano de Schubert y la tonalidad gris de las imágenes, pero sobre todo porque cada una de las personas retratadas interpreta con fruición –y grandes diferencias de estilo, desde la “gran dama” hasta la “oveja negra”, pasando por el poeta maldito aplastado por la sombra paterna y el más pequeño de los hermanos, que intuye complacientemente, con casi 30 años de antelación, su fin prematuro y la extinción de la familia–, grandes fingidores y farsantes, actores de vocación, es un documento particularmente dramático y patéticamente divertido, carente de tiempos muertos, lleno de belleza y fealdad inextricablemente mezcladas, con clímax surgidos casi por casualidad, y que ofrece un cuadro inédito de dos generaciones casi inconciliables, en las que se combina a la perfección el carácter netamente burgués y un cierto intelectualismo desesperado, el sueño o el espejismo cuidadosamente conservado de la felicidad perdida, de la inocencia infantil, el miedo a un ogro violento y alcoholizado, la complicidad de la madre, la debilidad y la podredumbre. Se combinaban el Bellocchio de I pugni in tasca y el Visconti de Vaghe stelle dell’Orsa... (ambas de 1965) pero en la España que estaba a punto de salir del franquismo y con personajes de verdad, a los que muchos hemos conocido, de los que sobreviven, aún activo como poeta, de institución siquiátrica en institución siquiátrica, el que parecía más condenado y el más distante, el mayor de los hijos; cuando, veinte años más tarde, Ricardo Franco aceptó rodar una suerte de continuación, no consiguió reunir a los tres y tuvo que recurrir al montaje.


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EL DESENCANTO (1975)

Le désenchantement

de Jaime Chávarri

Sans doute le documentaire de plus grand succès public et de plus grande portée jamais tourné en Espagne, le second long métrage "professionnel" de Jaime Chávarri, centré sur les personnalités un tantinet histrioniques de la veuve et des trois fils d'un poète appréciable, Leopoldo Panero, gonflé et statufié par le régime franquiste, parvient à capter sur le vif, profitant peut-être de la confiance et de l'amitié entre le réalisateur et une partie de la famille, le thème central de tant de grands mélodrames de fiction : la décomposition et la décadence d'une lignée.

Peut-être grâce à la mélancolie discrète d'une sonate pour piano de Schubert et la tonalité grise des images, mais par-dessus tout parce que chacune des personnes dépeintes joue avec plaisir. Et grandes différences de style, de la "grande dame" à la "brebis galeuse" en passant par le poète maudit écrasé par l'ombre du père, et par le plus jeune des fils, qui prédit avec complaisance (et près de 30 ans d'avance) sa mort prématurée et l'extinction de la famille : grands simulateurs et grands farceurs, acteurs de vocation. Ils font du film un document particulièrement dramatique et pathétiquement divertissant, sans temps morts, empli de beauté et de laideur inextricablement mêlées, avec des climax qui surgissent presque par hasard.

Un film qui offre une peinture inédite de deux générations quasi inconciliables, où se combinent à la perfection un caractère nettement bourgeois et un certain intellectualisme désespéré, le rêve ou le mirage du bonheur perdu et de l'innocence enfantine soigneusement préservés, la peur de l'ogre violent et alcoolique, la complicité de la mère, la faiblesse et la corruption.

Un film où se mêlent le Bellocchio des Poings dans les poches et le Visconti de Sandra (tous deux de 1965), mais dans l'Espagne qui s'apprête à sortir du franquisme, et avec des personnages vrais, que nous avions connus, et dont deux se comptent encore entre les vivants: ainsi de l'un des frères, poète toujours en activité, de clinique psychiatrique en clinique psychiatrique, celui qui semblait le plus condamné, et aussi le plus distant, l'aîné. Quand, vingt ans plus tard, Ricardo Franco accepta de tourner une sorte de "suite" (Después de tantos años) il ne parvint pas à les réunir tous les trois, et il dut recourir au montage.

Para Cinéma du Réel 2005 (marzo de 2005).

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